Le Conseil constitutionnel (Décision n° 2026-1210 QPC du 25 juin 2026) a donné raison à Orange en mettant fin au cumul des sanctions contre le démarchage téléphonique abusif.
Une décision qui pourrait réduire considérablement les amendes infligées aux entreprises fautives.
Si cette victoire juridique soulage les opérateurs, elle suscite l’inquiétude des consommateurs. Une nouvelle loi sur le consentement préalable, prévue pour le 11 août 2026, pourrait toutefois changer la donne.
Orange remporte une bataille juridique contre la loi sur le démarchage téléphonique
Le démarchage téléphonique abusif en France vient de connaître un important tournant juridique. À la suite d’un recours déposé par Orange, le Conseil constitutionnel a décidé de censurer partiellement la loi du 24 juillet 2020 qui renforçait les sanctions contre les entreprises responsables d’appels commerciaux abusifs.
Jusqu’à présent, plusieurs autorités pouvaient intervenir simultanément contre une même entreprise. La CNIL, l’Arcep et la DGCCRF avaient la possibilité de sanctionner différents manquements liés à la protection des données personnelles, à la réglementation des télécommunications ou encore au respect du Code de la consommation.
Cette possibilité de cumuler les sanctions constituait l’un des principaux leviers de lutte contre le démarchage téléphonique abusif.
Fin du cumul des sanctions : ce qui va changer
Avec cette décision, les entreprises ne pourront plus être poursuivies simultanément par plusieurs autorités pour les mêmes faits.
Désormais, lorsqu’un régulateur ouvre une procédure ou prononce une sanction, les autres autorités compétentes devront renoncer à leurs propres poursuites. Cette mesure limite considérablement le risque financier pour les entreprises concernées.
Même si l’abrogation complète du dispositif n’entrera officiellement en vigueur que le 31 octobre 2027 afin de préserver les dossiers en cours, ses effets sont immédiats. Les autorités ne pourront plus engager de nouvelles procédures parallèles contre une société déjà visée par une autre administration.
Pour de nombreux spécialistes, cette évolution représente un affaiblissement notable de l’arsenal juridique mis en place ces dernières années contre les appels commerciaux non sollicités.
Pourquoi cette décision est inquiétante pour les consommateurs ?
La suppression du cumul des amendes pourrait avoir des conséquences directes sur la lutte contre le démarchage téléphonique abusif.
Jusqu’à présent, la perspective de sanctions multiples constituait un puissant facteur de dissuasion. Les entreprises risquaient des pénalités financières particulièrement élevées lorsqu’elles enfreignaient les règles relatives à la prospection commerciale.
Avec la disparition de cette « triple peine », certains observateurs craignent que des acteurs peu scrupuleux considèrent désormais les sanctions comme un coût acceptable de leur activité.
Cette décision intervient alors que les appels indésirables restent l’une des principales sources de mécontentement des Français malgré les dispositifs existants, notamment Bloctel et les restrictions horaires imposées aux centres d’appels.
Une nouvelle loi contre le démarchage téléphonique à partir du 11 août 2026
Malgré ce revers pour les consommateurs, une réforme majeure devrait entrer en vigueur dès le 11 août 2026.
Cette nouvelle loi prévoit l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement préalable. Concrètement, une entreprise devra obtenir l’accord explicite d’un particulier avant de pouvoir le contacter à des fins commerciales.
Selon la ministre du Commerce, Véronique Louwagie, le principe devient clair : le démarchage téléphonique sera interdit par défaut, sauf autorisation préalable du consommateur.
Cette mesure marque une évolution profonde du cadre réglementaire français en faisant passer le système d’un modèle d’opposition à un modèle de consentement explicite.
Le consentement préalable sera-t-il réellement efficace ?
L’efficacité de cette nouvelle réglementation dépendra largement de son application.
De nombreuses questions restent en suspens. Comment les entreprises obtiendront-elles le consentement des consommateurs ? Les contrôles seront-ils suffisamment fréquents pour détecter les abus ? Les sanctions restantes seront-elles assez dissuasives pour garantir le respect de la loi ?
Certains experts craignent déjà que des sociétés de prospection commerciale exploitent des formulaires en ligne, des jeux-concours ou des partenariats commerciaux pour recueillir massivement des autorisations de contact.
Démarchage téléphonique : un tournant décisif pour la réglementation française
La décision obtenue par Orange constitue l’un des événements juridiques les plus importants de ces dernières années dans la lutte contre le démarchage téléphonique abusif.
D’un côté, elle met fin à un mécanisme jugé partiellement contraire à la Constitution. De l’autre, elle réduit les moyens de pression dont disposaient les autorités pour sanctionner les entreprises fautives.
L’entrée en vigueur du consentement préalable obligatoire en août 2026 pourrait toutefois compenser cet affaiblissement et offrir une meilleure protection aux consommateurs.
Les prochains mois permettront de mesurer si cette nouvelle approche est capable de réduire durablement les appels commerciaux indésirables qui continuent de perturber le quotidien de millions de Français.
Me Grégory ROULAND - avocat au Barreau de PARIS
Tél. : 0689490792
Mail : gregory.rouland@outlook.fr

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