La justice pénale des mineurs en France est au cœur de débats législatifs intenses, avec plusieurs projets de réforme en cours visant à modifier en profondeur le traitement judiciaire des jeunes délinquants.

Proposition de loi Attal : vers une justice plus réactive

Le 13 février 2025, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi présentée par le député Gabriel Attal. Ce texte ambitionne de renforcer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs délinquants et de leurs parents. Parmi les mesures phares figurent l'accélération des procédures judiciaires pour les mineurs et l'introduction de sanctions plus rapides et adaptées. Cette initiative législative fait suite aux émeutes de 2023 et reprend des éléments d'un avant-projet de loi qui n'avait pas pu être présenté en Conseil des ministres avant la dissolution de l'Assemblée précédente.

Réactions des institutions de défense des droits

La Défenseure des droits a exprimé des réserves concernant cette proposition de loi. Auditionnée le 21 novembre 2024, elle a souligné l'importance de préserver les droits fondamentaux des mineurs et a mis en garde contre des mesures qui pourraient porter atteinte à leur réinsertion et à leur développement.

De son côté, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) s'est opposée à l'élargissement des possibilités de placement en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire des mineurs. Elle préconise plutôt le renforcement des mesures éducatives en milieu ouvert, estimant que la privation de liberté doit rester une exception.

Position du gouvernement

Le Premier ministre Michel Barnier a, dans un discours prononcé le 1er octobre 2024, réaffirmé la volonté du gouvernement de renforcer la fermeté dans le domaine de la justice, y compris à l'égard des mineurs. Il a notamment évoqué la création de peines de prison courtes et immédiates pour certains délits, ainsi que la révision des conditions de sursis et la réduction des possibilités d'aménagement de peines. Cette approche vise à assurer une exécution effective des peines prononcées et à renforcer la crédibilité de la réponse pénale.

Défis et perspectives

Ces projets de réforme interviennent dans un contexte marqué par une surpopulation carcérale préoccupante, avec 79 000 détenus pour 62 000 places au 1er septembre 2024. Cette situation soulève des questions quant à la mise en œuvre effective des nouvelles mesures répressives envisagées. Par ailleurs, les débats parlementaires à venir devront concilier les impératifs de sécurité publique avec le respect des droits fondamentaux des mineurs et les recommandations des instances de protection des droits de l'enfant.

La réforme de la justice pénale des mineurs en France est à un tournant décisif, avec des propositions législatives qui suscitent des débats passionnés entre fermeté judiciaire et protection des droits des jeunes justiciables.