Dans un communiqué publié à la suite de la signature au Paris Saint Germain du footballeur Lionel Messi, le club parisien a annoncé que le joueur argentin s’est vu remettre de nombreux ‘$PSG Fan Tokens’, comme élément de sa rémunération.

Les fan tokens s’appuient sur la technologie blockchain. Les jetons sont ainsi émis sur la blockchain de la compagnie Chiliz, propriétaire de Socios.com, la plate-forme partenaire du PSG

Les Fan Tokens offrent  l’opportunité aux millions de supporters du Paris Saint-Germain de s’impliquer dans la vie du club. Grâce aux $PSG Fan Tokens, où qu’ils soient dans le monde, ils peuvent choisir le message qui s’affiche sur le mur du vestiaire pour motiver les joueurs avant un match décisif, voter pour le But de la saison ou encore désigner les gagnants des prix de fin de saison etc.

Les volumes d’échange du $PSG Fan Tokens ont  dépassé 1.2 milliards de dollars dans les jours précédant l’annonce de l’arrivée de Messi (le "fan token" évoluait en hausse jeudi de 6% à 40,44 dollars, après un pic à 62 dollars le 10 août 2021 )

Plusieurs clubs de football ont ainsi lancé leur propre cryptomonnaie, parmi lesquels - pour les derniers en date - les britanniques Arsenal ou Manchester City et l'italien AC Milan. Il s'agit  d'une actif numérique hautement spéculatif, qui peut être acheté et revendu sur les marchés. Certains régulateurs financiers ont déjà mis en garde contre les risques de ces investissements.

Mais des fan tokens comme élément de rémunération d'un joueur, c'est une première en France, certainement guidée par les règles de fair play financier auquel le pSG est tenu dans le cadre du transfert de Lionel Messi.

Mais quel est le régime juridique des fan tokens ?

Ces jetons numériques correspondent à des Utility Tokens, à la différence des Security Tokens qui sont des équivalents numériques d’instruments financiers non-cotés en bourse ou des NFT, Non Fongible Tokens, qui correspondent quant à eux à des actifs digitaux uniques, comme par exemple des cartes à collectionner pour des jeux vidéo, ou des billets dématérialisés pour des matches. 

Rappelons que la loi Pacte du 22 mai 2019 instaure un cadre pour les levées de fonds par émission de jetons (Initial Coin Offering ou ICO) et les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN).

D’un point de vue juridique, compte tenu de cette loi « Pacte » publiée au Journal officiel le 23 mai 2019, il existe deux environnements distincts en droit français :

- celui des actifs numériques, qui recouvrent les « jetons » et les monnaies virtuelles au sens, respectivement, des articles L. 552-2 et L. 54-10-1, 2° du code monétaire et financier . Ces nouvelles définitions sont construites par exclusion du champ des instruments financiers ;

- celui des instruments financiers, par nature soumis aux différentes réglementations financières européenne et française en fonction des modalités de leur émission et de leur négociation.

Par ailleurs, l’ordonnance blockchain du 8 décembre 2017 a institué en droit français un cadre réglementaire régissant la représentation et la transmission des titres financiers non cotés via un dispositif d’enregistrement électronique partagé (« DEEP »), communément désigné sous le vocable de « blockchain » ou « Distributed Ledger Technology » (DLT).

Un « jeton » est défini par l’article L.552-2 du Code monétaire et financier (CMF) comme tout bien incorporel représentant, sous forme numérique, un ou plusieurs droits pouvant être émis, inscrits, conservés ou transférés au moyen d'un dispositif d'enregistrement électronique partagé (DEEP, la traduction française de distributed ledger technology ou blockchain) permettant d'identifier, directement ou indirectement, le propriétaire dudit bien.

Ainsi, les jetons « émis » dans le cadre d’un DEEP peuvent avoir différentes natures selon les droits et obligations attachés à leur propriété. On distingue ainsi traditionnellement :

  • les security tokens qui sont des jetons représentatifs d’un instrument financier. Lorsque cet instrument financier présente les caractéristiques d’un titre financier, la propriété du jeton résulte non pas d’une inscription en compte mais d’une inscription dans un DEEP, ainsi que la loi française l’autorise. Ici, il faut bien noter que le fait que la titularité sur un titre financier soit au travers d’un security token (enregistré sur une blockchain) ne change pas la nature juridique des droits ou obligations de ce titre. Une action ou une obligation sous forme de security token est toujours et avant tout une action ou une obligation ;
  • les payment tokens qui sont des jetons dont le seul objet est d’être utilisé en vue de la réalisation d’un paiement. Il en va ainsi du bitcoin qui n’a pas d’autre utilité intrinsèque que de pouvoir être transmis ;
  • les utility tokens qui sont des jetons représentatifs d’un droit sur un bien ou un service (devant être dans la plupart des cas livré par l’émetteur) et ne répondent pas aux caractéristiques des deux autres formes de jeton. Cela signifie que quand bien même un utility token peut être utilisé en règlement d’un bien ou d’un service distinct de celui en vue de la livraison duquel il a été émis, cette utilisation n’est qu’incidente à sa fonction principale. 

Les tokens utilitaires comme les Fan Tokens ne correspondent pas à un produit d'investissement, mais bien à un droit d'accès et sont donc des utility tokens au sens fiscal, dès lors la TVA est  due lors de l’échange du jeton contre le service ou le bien auquel il donne accès et les gains sur leur revente sont assujettis à la flat tax de 30 %.