Temporaires jusqu'au 31 décembre 2026, ces outils visent à allier transmission patrimoniale familiale et priorités sociétales : accès au logement des jeunes et accélération de la transition énergétique, face à la crise immobilière (inflation des prix à +4,5% en 2025) et aux ambitions européennes de rénovation (5 millions de logements d'ici 2030).
I. Mécanique et conditions des exonérations immobilières
A. Portée et modalités de l'article 790 A bis CGI
Les fonds doivent être réaffectés dans un délai impératif de 6 mois suivant le versement, soit à l’achat d’un immeuble neuf ou en VEFA (vente en état futur d’achèvement) destiné à devenir la résidence principale du donataire ou d’un locataire tiers (non membre du foyer fiscal), soit à des travaux de rénovation énergétique dans la résidence principale existante du donataire, éligibles à [MaPrimeRénov’] (isolation, chauffage, ventilation, etc., mais sans cumul avec la prime).
Un engagement solennel de conservation du bien pendant 5 ans minimum est requis : à compter de l’acquisition ou de l’achèvement des travaux pour les achats, ou de la fin des travaux pour les rénovations ; toute cession anticipée entraîne la remise en cause de l’exonération avec majoration de 0,40% par mois de retard. Cumulable avec l’abattement classique de 100 000 € (ligne directe), ce dispositif permet théoriquement une transmission nette de fiscalité jusqu’à 400 000 € par enfant (100 000 € classiques + 300 000 € exceptionnels via ascendants multiples), comme l’illustre l’exemple du [BOFiP ENR-DMTG-20-20-20 du 4 septembre 2025]: deux parents et quatre grands-parents versant 100 000 € chacun pour financer une résidence principale à 300 000 €.
La déclaration préalable via le formulaire 2735-SD sécurise l’opération, avec justificatifs d’affectation (acte de vente, factures MaPrimeRénov’) à conserver 5 ans.
Toutefois, l’exclusion des neveux/nièces sauf absence de descendants et l’interdiction de location intra-familiale limitent son champ, favorisant les primo-accédants-urbains-aisés.
B. Cumuls, risques et déclarations pratiques
Ce nouvel abattement s’articule harmonieusement avec les exonérations existantes : cumul avec l’abattement ligne directe (100 000 €/15 ans), le don familial numéraire (31 865 €/15 ans pour majeurs), et potentiellement le pacte Dutreil pour les transmissions d’immeubles familiaux, sous réserve de non-double disposition.
La loi de finances 2025 confirme par ailleurs le gel des abattements successoraux jusqu’en 2028 et un relèvement à 120 000 € en ligne directe pour les successions ouvertes post-2025, renforçant l’incitation à anticiper via donations. Les précisions du BOFiP du 4 septembre 2025 excluent explicitement le cumul avec d’autres exonérations spécifiques (PME, bois, etc.) pour un même don, évitant les abus.
Les risques de requalification sont encadrés : absence de justificatifs ou non-respect du délai d’affectation entraîne la déchéance avec intérêts de retard (0,20%/mois) ; simulation d’affectation (ex. : travaux fictifs) expose à l’abus de droit (art. L.64 LPF, sanction 80%). La jurisprudence récente sur les dons familiaux antérieurs insiste sur la réalité économique de l’affectation, un critère repris ici. Fiscalement, ces dons réduisent la masse successorale future (intégration fictive art. 784 CGI), optimisant les transmissions croisées (frères/sœurs via donations-successives).
En pratique, les notaires signalent une hausse de 35% des donations déclarées en 2025 (+25% en Île-de-France), mais soulignent les pièges : VEFA excluant l’ancien (70% du parc), et MaPrimeRénov’ limitée aux résidences principales détenues depuis 2 ans. Cette mécanique sophistiquée traduit un ciblage précis, mais expose à une complexité accrue pour les familles non accompagnées.
II. Impacts et perspectives sociétales
A. Soutien aux objectifs logement/énergie
Ces avantages s’inscrivent dans la continuité de la politique du logement du quinquennat 2022-2027 : [Plan Logement d’Abord] (600 000 logements aidés/an) et [Plan de rénovation énergétique] (MaPrimeRénov’ : 1 million de rénovations en 2025), mobilisant l’épargne privée pour combler le déficit public (baisse de 10 milliards € des aides directes).
En favorisant l’achat neuf/VEFA (seuil BBC ou RE2020), le dispositif soutient l’industrie du logement neuf (200 000 unités prévues 2026) et la rénovation (travaux éligibles : isolation murs/toiture, pompe à chaleur), aligné sur les objectifs européens Green Deal (réduction -55% émissions bâtiment d’ici 2030).
Économiquement, il répond à la crise patrimoniale : transmission annuelle de 300 milliards € (INSEE 2025), dont 60% immobilier ; en exonérant 300 000 €, il libère du pouvoir d’achat pour 100 000 primo-accédants potentiels (estimation Bofip).
Cohérent avec le PLF 2026 (hausse droits mutation 0,5%), il incite à la donation anticipée plutôt qu’à la succession taxée post-mortem, favorisant la mobilité intergénérationnelle (jeunes de 25-35 ans : 40% chez les parents). Le ministère de l’Écologie vante un « cercle vertueux » : transmission familiale + sobriété énergétique (gain 30% consommation chauffage post-rénovation).
B. Limites inégalitaires et évolutions post-2026
Malgré ces vertus, la cohérence est entamée par son caractère élitiste : plafonds élevés (300 000 €) profitent aux 20% les plus patrimoniaux (épargne > 200 000 €/ménage), creusant l’écart avec les classes moyennes/basses (médiane donation : 20 000 €) et les ruraux (biens anciens non éligibles). L’exclusion des locataires (PTZ non cumulable) et des transmissions hors ligne directe ignore 30% des fratries monoparentales. Temporaire (fin 2026), il génère un « effet d’aubaine » pré-électoral sans réforme structurelle, comme le note la Cour des comptes (rapport septembre 2025).
Sur le logement, paradoxe majeur : promotion du neuf alors que le gouvernement vise 70% rénovation (parc ancien : 80% des logements) ; VEFA exclut les biens familiaux à rénover, contredisant la sobriété foncière (ZAN loi Climat). Énergétiquement, interdiction cumul MaPrimeRénov’ décourage les rénovations globales (coût moyen 40 000 €).
La réforme peine à concilier utilitarisme fiscal et principe d’égalité (art. 1er Constitution), risquant une QPC sur discrimination patrimoniale.
En conclusion de cette partie, si le ciblage est innovant, sa cohérence pâtit d’un déséquilibre urbain/énergétique et d’inégalités criantes, appelant à une pérennisation élargie post-2026.
Sources
- LOI n° 2025-415 du 13 mai 2025 visant à réduire et à encadrer les frais bancaires sur succession (1) - Légifrance
- Donations : deux dispositifs complémentaires d’exonération pour soutenir les projets immobiliers | Ministères Aménagement du territoire Transition écologique
- Donation et succession 2025 : Nouveautés et abattements https://www.espace-conseil.fr/donation-succession-2025-nouveautes-abattements-fiscaux
- Exonération de droits de donation : nouvel abattement pour l'achat ... https://www.gestionprivee.caisse-epargne.fr/famille/exoneration-de-droits-de-donation-nouvel-abattement-pour-lachat-ou-la-renovation-de-la-residence-principale/
- https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/3362-PGP.html/identifiant=BOI-ENR-DMTG-20-20-20-20250904
- Dons familiaux : profiter d’une nouvelle exonération en 2025 et 2026
- Loi de finances 2025 : changements en fiscalité patrimoniale et immobilière

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