Lorsqu’un enfant révèle des violences sexuelles, la difficulté ne tient pas seulement à la manière dont sa parole sera recueillie.
Elle tient aussi au parcours qui commence ensuite.
Enquêteurs, médecins, psychologues, services de protection de l’enfance, juge des enfants, juge aux affaires familiales : plusieurs professionnels et plusieurs procédures peuvent intervenir autour d’un même enfant.
Chacun a sa mission.
Mais, vu depuis l’enfant, cette organisation peut rapidement devenir une succession de lieux, d’interlocuteurs et parfois de récits à recommencer.
C’est précisément ce que le modèle Barnahus propose de penser autrement.
- Une « Maison des enfants »
Barnahus signifie littéralement « Maison des enfants ».
Le modèle, développé initialement en Islande, repose sur une idée assez simple : réunir et coordonner, dans un environnement adapté à l’enfant, les professionnels chargés de l’enquête, de la justice, de la protection, de la santé et de l’accompagnement psychologique.
L’objectif n’est pas uniquement de créer un lieu plus accueillant.
Il s’agit surtout de faire travailler ensemble des institutions qui interviennent habituellement selon leurs propres procédures, afin de limiter notamment les répétitions inutiles du récit et le risque de victimisation secondaire.
Le Conseil de l’Europe présente aujourd’hui Barnahus comme un modèle multidisciplinaire et interinstitutionnel de réponse aux violences faites aux enfants, particulièrement aux violences sexuelles. En mai 2026, le Conseil de l’Europe et la Commission européenne ont publié un guide destiné aux autorités nationales souhaitant engager des réformes inspirées de ce modèle.
- Ne plus faire porter à l’enfant la fragmentation des institutions
Cette logique mérite, à mon sens, une attention particulière.
Parce que notre organisation part encore très souvent des institutions elles-mêmes.
L’enquête pénale poursuit son objectif. La protection de l’enfance poursuit le sien. Le juge des enfants intervient sur le danger. Le JAF statue sur l’exercice de l’autorité parentale et les relations familiales.
Tout cela est juridiquement compréhensible.
Mais c’est le même enfant qui traverse ces différentes procédures.
La question est donc moins de supprimer les différents intervenants que de savoir comment mieux les coordonner autour de lui.
C’est aussi tout l’enjeu de la qualité du recueil de la parole d’un mineur victime de violences sexuelles. Une parole recueillie dans de bonnes conditions devrait pouvoir être préservée et utilisée utilement sans que l’enfant ait à recommencer son récit à chaque changement d’interlocuteur.
- Un modèle à regarder, pas une solution miracle
Barnahus ne règle évidemment pas toutes les difficultés.
Centraliser les intervenants ne tranche ni la question de la crédibilité d’une parole, ni les désaccords entre professionnels, ni les décisions judiciaires difficiles qui devront ensuite être prises.
La France dispose d’ailleurs déjà de structures spécialisées, notamment les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED), qui poursuivent une partie de cette logique d’accueil adapté.
Mais Barnahus pousse plus loin la réflexion en faisant de la coordination interinstitutionnelle un élément central du dispositif.
Et c’est peut-être cela qui mérite surtout d’être retenu.
Lorsqu’un enfant révèle des violences sexuelles, pourquoi devrait-il lui-même supporter les conséquences de la manière dont nos institutions sont organisées ?
Plutôt que de demander à l’enfant de circuler entre les institutions, nous devrions probablement davantage chercher à organiser les institutions autour de lui.
Anthony Joheir, avocat au Barreau de Marseille, intervient principalement dans les dossiers d’inceste, de violences sexuelles et intrafamiliales et de protection de l’enfant.
Sources principales : Conseil de l’Europe, travaux relatifs au modèle Barnahus ; Conseil de l’Europe et Commission européenne, Practical guidance for national authorities on how to design and implement a reform to apply the Barnahus model, mai 2026 ; Convention de Lanzarote.

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