La cybersécurité industrielle désigne l’ensemble des dispositifs visant à protéger les infrastructures de production contre les cyberattaques. Pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI) – employant entre 250 et 4 999 salariés, réalisant un chiffre d’affaires n’excédant pas 1,5 milliard d’euros et constituant un maillon essentiel de l’industrie française – la sécurisation des environnements opérationnels (dits « OT ») est devenue critique, au regard de la multiplication des menaces et de l’évolution du cadre réglementaire.
IT, OT, IoT : définitions et différences
La cybersécurité industrielle s’articule autour de trois volets principaux :
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Cybersécurité IT (Information Technology) : elle protège les informations numériques et vise la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données. Elle couvre notamment les ordinateurs, serveurs, applications logicielles et réseaux.
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Cybersécurité OT (Operational Technology) : elle protège les environnements industriels physiques, en se concentrant sur la disponibilité et la sécurité des équipements critiques à tous les stades de la production. Elle concerne, entre autres, les lignes de production automatisées, les systèmes SCADA et les capteurs connectés.
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Cybersécurité IoT (Internet of Things) : elle fait le lien entre IT et OT en connectant des objets physiques à Internet pour collecter et échanger des données (capteurs intelligents, robots industriels, équipements connectés, etc.).
Des menaces bien réelles : chiffres et exemples
Les systèmes OT sont particulièrement vulnérables. Les conséquences d’une attaque peuvent être majeures : arrêts de production, dommages matériels, pertes financières ou atteinte à la sécurité des personnes.
Quelques chiffres clés :
- 37 % des victimes de cyberattaques sont des PME, TPE et ETI, tous secteurs confondus, selon le rapport annuel de la cybermenace 2024 de l’ANSSI (contre 34 % en 2023).
- 70 % des incidents majeurs signalés dans l’industrie concernent les secteurs de l’énergie, de la santé et des transports.
- 25 700 € : montant moyen d’une rançon en cas de ransomware.
- 60 % des entreprises ferment dans les 18 mois suivant une cyberattaque.
- 65 % des incidents ont perturbé significativement l’activité des entreprises touchées.
- Sécuriser les transferts de données permet de réduire de 60 % les risques de fuites.
- L’ANSSI a traité 4 386 événements de sécurité, soit une hausse de 15 % par rapport à 2023.
- La violation de données connaît une augmentation de 72 % tous publics confondus, selon cybermalveillance.gouv.fr.
Exemples de menaces :
- Ransomwares : chiffrement des données pour bloquer la production jusqu’au paiement d’une rançon.
- Attaques DDoS : saturation des réseaux industriels afin de rendre indisponibles les outils de pilotage.
- Espionnage industriel : vol de secrets techniques ou de brevets via l’accès à des systèmes critiques.
- Sabotage numérique : manipulation de paramètres de production (température, pression…) pouvant provoquer des incidents graves.
Conséquences pratiques pour les ETI
Les impacts d’une cyberattaque OT sont multiples :
- interruption prolongée de l’activité ;
- pertes économiques importantes ;
- atteinte à la réputation ;
- mise en danger de la sécurité du personnel ou du public ;
- sanctions réglementaires en cas de non-conformité.
Mesures clés à mettre en œuvre
Contrairement à la cybersécurité IT, qui bénéficie de dispositifs matures et spécifiquement conçus pour protéger les systèmes d’information, la cybersécurité OT se heurte encore à des mesures classiques souvent insuffisantes ou obsolètes au regard des menaces actuelles.
Dans ce contexte, les entreprises ne peuvent plus se contenter de renforcer uniquement leurs défenses internes : elles doivent également s’adapter à un cadre réglementaire en profonde évolution, qui vient structurer et accélérer la montée en maturité de la sécurité des produits et des systèmes industriels.
Le Cyber Resilience Act : un tournant pour la sécurité des produits industriels
Pour l’IoT, l’Europe s’est dotée d’un cadre réglementaire avec le Cyber Resilience Act (CRA), qui vise à garantir la sécurité des produits numériques tout au long de leur cycle de vie, depuis la conception jusqu’à la mise en service et au support opérationnel.
Ce texte constitue une véritable révolution pour l’industrie :
- il impose que la cybersécurité devienne une caractéristique de base des produits (et non plus une option), au même titre que la qualité ou la sûreté de fonctionnement ;
- il oblige les fabricants à intégrer la sécurité « by design » et « by default », en tenant compte des scénarios d’attaque dès la phase de conception ;
- il prévoit des obligations de mise à jour de sécurité pendant plusieurs années, pour corriger les vulnérabilités découvertes après la mise sur le marché ;
- il introduit des obligations de transparence (documentation, communication sur les vulnérabilités, gestion coordonnée avec les clients) et des sanctions en cas de non-conformité.
Pour les ETI industrielles, cela signifie :
- la fin des équipements connectés livrés « en boîte noire » : le niveau de sécurité et les engagements du fournisseur devront être explicitement documentés ;
- la possibilité de mieux comparer les solutions sur des critères de cybersécurité (certifications, conformité CRA, politique de mises à jour…) ;
- une pression accrue sur les chaînes d’approvisionnement : les ETI devront s’assurer que leurs fournisseurs d’équipements, de logiciels et d’objets connectés sont eux-mêmes conformes au CRA ;
- un rapprochement entre directions industrielles, DSI et direction juridique, pour intégrer ces exigences dans les contrats, les cahiers des charges et les procédures d’achat.
En pratique, le CRA va transformer la cybersécurité dans l’industrie d’un sujet principalement défensif (protéger l’existant) en un véritable critère stratégique de conception et de choix des produits, impactant à la fois l’ingénierie, les achats, la maintenance et la conformité.
Renforcer la résilience : une approche globale pour les ETI
Pour faire face à cet environnement de menace renforcé et à ce nouveau cadre réglementaire, les ETI doivent adopter une approche globale combinant solutions techniques, organisationnelles et juridiques.
Mesures techniques indispensables
- Segmentation des réseaux : isoler les systèmes critiques pour limiter la propagation d’une attaque.
- Chiffrement des données au repos et en transit.
- Contrôle rigoureux des accès : authentification forte, gestion fine des droits, intégrant les partenaires et prestataires.
- Déploiement de pare-feu industriels et de systèmes de détection d’anomalies adaptés aux environnements OT.
- Mise en place d’un SOC industriel pour surveiller en continu réseaux et équipements.
- Mises à jour et correctifs logiciels réguliers, y compris pour les systèmes industriels.
- Renforcement de la sécurité physique : contrôle d’accès aux locaux sensibles et aux équipements critiques.
- Exploitation de solutions d’IA prédictive pour détecter de façon précoce les comportements anormaux.
- Stratégie de sauvegardes
Organisation et processus
- Plan de réponse aux incidents
- Exercices de crise cyber
- Audits de sécurité réguliers
- Gouvernance
- Conformité réglementaire : prise en compte des exigences NIS 2, REC, CRA, RGPD, etc.
- Gestion des partenaires et prestataires : intégration de clauses et exigences cybersécurité dans les contrats.
Il est également essentiel de :
- mettre à jour régulièrement la cartographie des risques ;
- intégrer systématiquement la cybersécurité dans tout nouveau projet industriel (« security by design ») ;
- former et sensibiliser le personnel aux bonnes pratiques (y compris via des simulations de phishing) et à des procédures claires en cas d’incident.
Face à l’intensification des menaces cyber, chaque ETI doit prendre conscience de ses vulnérabilités spécifiques. L’investissement dans une stratégie de cybersécurité adaptée à l’OT n’est plus optionnel : il est devenu vital pour assurer la continuité d’activité, la conformité réglementaire et la compétitivité durable de l’entreprise.
Dans ce contexte, se faire accompagner par des professionnels expérimentés constitue un levier majeur de réussite :
- des experts techniques pour évaluer la maturité cyber, définir la feuille de route et déployer les solutions adaptées aux environnements OT et IoT ;
- des spécialistes de la gestion de crise pour préparer l’organisation, structurer la réponse aux incidents et limiter l’impact opérationnel et réputationnel ;
- et des professionnels du droit, capables de traduire les exigences réglementaires (CRA, NIS 2, RGPD, REC…) en obligations concrètes, de sécuriser les contrats avec les fournisseurs et partenaires, et de réduire le risque de non‑conformité.
Cet accompagnement pluridisciplinaire permet aux ETI de passer d’une approche défensive et fragmentée à une stratégie de cybersécurité industrielle cohérente, durable et créatrice de valeur.
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Public concerné par cet article : Dirigeant/DAF/DSI/CISO/CTO/Responsables juridiques/Equipe IT et développement/Responsable conformité / Qualité
contact : aoffroy@avocats.deloitte.fr

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