La question que je me pose et que se posent certains de mes confrères est la suivante : allons-nous disparaître ?

L’IA est‑elle principalement une menace pour l’emploi des jeunes avocats ? Qu’en est-il des avocats plus expérimentés ?

Faut‑il craindre une « ubérisation » du droit (plateformes + IA) ou au contraire parler d’un repositionnement de la profession sur des prestations à plus forte valeur ajoutée ?

L’IA est en train de redéfinir le rôle de l’avocat

Au cours des dernières années, les fonctions juridiques se sont transformées sous l’effet de la digitalisation (automatisation, GED, signature électronique, plateformes collaboratives…). Mais la généralisation de l’intelligence artificielle est d’une tout autre nature. Elle ne modifie pas seulement les outils et le tâches, elle redéfinit le rôle du Conseil : la maîtrise technique et sa capacité d’analyse sont directement concurrencées par l’IA qui les fait passer de la rareté à l’abondance, et ceci en un temps record (de l’ordre de quelques secondes), et à moindre coût (gratuit ou moyennant un faible montant pour un abonnement pro). C’est étourdissant. De plus, l’IA est polie, ne s’énerve jamais. Il n’y plus aucun inconfort dans les relations humaines, pas la moindre négociation. L’IA cherche à vous faire plaisir. Plus besoin de prendre rendez-vous, plus besoin de se déplacer au cabinet, plus besoin d’attendre dans la salle d’attente, l’IA vous prend de suite comme si vous étiez seul au monde. Tout est beaucoup plus facile.

Alors, quand l’IA aura encore un peu progressé, aurez vous toujours besoin d’un avocat ?

La réponse est oui, cent fois oui, et à plus d’un titre.

Oui, l’avocat reste utile face aux situations complexes. Nous avons tous reçu des clients qui ont bien préparé leur rendez-vous chez l’avocat, d’abord en interrogeant Google, et plus récemment en interrogeant ChatGPT, Gemini, Claude, Grok, Perplexity, etc. Le client arrive en ayant déjà sa petite idée… La tentation est grande de ne recourir à l’expert que pour prévenir d’éventuelles erreurs ou alors parce que la situation est tellement complexe qu’on ne sait pas par où commencer.

L’IA peut‑elle réellement améliorer l’accès au droit pour les justiciables modestes (chatbots juridiques, assistance en ligne) ou crée‑t‑elle un « droit low cost » de moindre qualité ?

Une situation complexe reste complexe, même avec l’IA. Rédiger un prompt ne s’improvise pas. L’IA a besoin de comprendre de quoi il s’agit, le contexte, que le « prompteur » lui précise son rôle, la perspective à adopter, que les sources citées ne soient pas hallucinées, etc.

Oui, l’avocat reste utile car à un moment ou un autre, il faut décider à partir de points de vue différents, de données de contexte non reliées entre elles, de contre arguments (tous plus pertinents les uns que les autres), de statistiques diverses et variées, de sources multiples, etc.

L’avocat lui-même peut-il utiliser l’IA ?

Les clients feront‑ils davantage confiance à un avocat qui assume et explique son usage de l’IA, ou à un avocat qui revendique un traitement « 100% humain » ?

L’expérience humaine demeure indispensable. La production d’informations automatisées, déconnectées du terrain, ne permet pas de décider (ou alors à ses risques et périls).

En revanche, l’usage de l’IA, c’est un peu comme la langue d’Esope, c’est à la fois la meilleure et la pire des choses, tout dépend comment on s’en sert (et à condition de tout vérifier).

Oui, l’avocat reste utile car pour l’instant, en cas de litige et selon les juridictions, il reste indispensable pour plaider une cause devant un juge. Mais demain, les outils permettant aux justiciables de se défendre seuls avec l’aide d’IA devant les tribunaux amélioreront‑ils l’accès à la justice ou perturberont‑ils les audiences en alourdissant les procédures ?

L’avocat deviendrait-il un influenceur ?

Oui, l’avocat reste utile car il s’engage et prend des risques (il est assuré pour cela), pendant que l’IA analyse, informe et montre des scenarii possibles. L’avocat n’est pas seulement celui qui sait. Il s’engage aux côtés des opérationnels.

Oui, l’avocat reste utile car il doit trouver sa place dans la chaîne de valeur : l’IA transforme‑t‑elle l’avocat en simple « vérificateur » technique ou lui permet‑elle au contraire de se recentrer sur le conseil stratégique et la relation client ?

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