"La plateforme Administration numérique pour les étrangers en France fait l'objet de critiques croissantes. L'avocat Joël Werba illustre, à travers son expérience, les obstacles rencontrés par les étrangers dans leurs démarches administratives.

La dématérialisation des démarches administratives, incarnée notamment par la plateforme ANEF (Administration Numérique pour les étrangers en France), a profondément transformé le rapport entre les usagers étrangers et l’État. Là où le modèle classique reposait sur une présence physique, des guichets et des interactions humaines, le numérique a instauré une fragmentation des expériences, isolant les individus derrière leurs écrans et leurs messages d’erreur, sans possibilité de recours ou de conseil direct.
"Aujourd’hui, la responsabilité de la connaissance s’est déplacée constate Joël Werba. Le savoir juridique n’est plus transmis par l’agent public au guichet, mais doit être appréhendé seul par l’usager, souvent dans un dédale numérique contre-intuitif."

L’invisibilisation et la violence de la machine

La transition vers le tout numérique ne signifie pas pour autant la disparition des difficultés administratives, mais plutôt une mutation de leur forme. L’absence d’interlocuteur humain et la nature abrupte des notifications générées automatiquement, comme les classements sans suite, transmis à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ajoutent une dimension de violence symbolique et psychologique pour les usagers dont le titre de séjour conditionne la vie entière en France. "Les messages de classement sans suite, par exemple, par leur brièveté, sont hyper violents, c’est « votre demande a été classée sans suite ». Là, pour le coup, il n’y a pas de médiation, on l’apprend, on est en train de regarder son smartphone à la terrasse d’un café ou dans les transports."