L'expérimentation animale demeure aujourd'hui autorisée en France dans les domaines de la recherche scientifique, de l'enseignement et du développement de nouveaux traitements médicaux.

Pourtant, l'évolution récente du droit invite à s'interroger sur la place que notre société souhaite désormais accorder à l'animal.

Depuis 2015, l'article 515-14 du Code civil reconnaît en effet que les animaux sont des « êtres vivants doués de sensibilité ». Cette évolution a marqué une rupture avec une vision purement patrimoniale de l'animal et témoigne d'une prise en compte croissante de sa capacité à ressentir la douleur, la peur ou la détresse.

Dans le même temps, les progrès scientifiques ont permis le développement de méthodes alternatives à l'expérimentation animale : cultures cellulaires, organoïdes, modélisations informatiques ou encore intelligence artificielle.

Ces avancées conduisent à s'interroger sur une question devenue incontournable :

Le recours à l'animal doit-il demeurer un outil scientifique ordinaire ou convient-il d'organiser progressivement son remplacement lorsque des solutions alternatives existent ?

Un cadre juridique déjà protecteur mais limité

L'expérimentation animale est aujourd'hui encadrée par la réglementation européenne et française.

Les chercheurs doivent notamment respecter le principe dit des « 3R » :

  • Remplacer l'animal lorsque cela est possible ;
  • Réduire le nombre d'animaux utilisés ;
  • Raffiner les procédures afin de limiter les souffrances.

Ce dispositif a permis des avancées importantes.

Il demeure toutefois fondé sur une logique de régulation du recours à l'animal et non sur une logique de disparition progressive de celui-ci.

Une évolution juridique envisageable

À mesure que les méthodes alternatives se développent, la question d'une obligation juridique plus contraignante se pose.

Certains auteurs et associations défendent l'idée d'une transition progressive vers un modèle dans lequel toute expérimentation animale serait interdite lorsqu'une méthode alternative fiable permet d'obtenir le même résultat scientifique.

Une telle évolution supposerait naturellement des garanties importantes :

  • maintien de la qualité de la recherche ;
  • accompagnement des laboratoires ;
  • financement de l'innovation ;
  • validation scientifique des méthodes de substitution.

L'objectif ne serait pas de fragiliser la recherche médicale mais d'accompagner son évolution.

Une réflexion appelée à se développer

La question de l'expérimentation animale illustre parfaitement les transformations contemporaines du droit animalier.

Elle met en balance plusieurs intérêts légitimes :

  • la protection des animaux ;
  • la liberté de la recherche scientifique ;
  • les enjeux de santé publique ;
  • les attentes croissantes de la société en matière de bien-être animal.

Sans apporter de réponse simple, ce débat révèle une tendance de fond : la place de l'animal dans notre ordre juridique ne cesse d'évoluer.

Il est probable que les prochaines années conduisent le législateur à s'interroger plus directement sur les conditions dans lesquelles le recours à l'expérimentation animale pourra être maintenu ou progressivement remplacé.

Élise FARINE
Docteure en droit
Avocate au barreau de Poitiers
Diplôme Universitaire de droit animalier