Le Tribunal judiciaire de Paris a rendu une décision concernant les limites de la protection d'une marque renommée lorsqu'un usage concurrent est toléré pendant une longue période.
Dans cette affaire, la société titulaire de la célèbre marque de vins « Petrus » reprochait à un restaurant parisien d'exploiter le même signe pour son établissement ainsi que pour différents produits proposés à sa clientèle. Estimant que cet usage portait atteinte à ses droits, elle avait engagé une action en contrefaçon de marque, en nullité de marque et en concurrence déloyale.
Le litige a cependant été marqué par l'ancienneté des relations entre les parties. Le restaurant exploitait en effet le nom « Petrus » depuis plusieurs décennies et la société titulaire de la marque connaissait cette situation depuis de nombreuses années. Les juges ont considéré que cette connaissance prolongée, depuis plus de cinq ans, sans réaction effective du titulaire, constituait une forme de tolérance empêchant désormais certaines actions.
Le tribunal a également sanctionné la manière dont la procédure avait été engagée. La saisie-contrefaçon réalisée en amont du procès a été annulée, les juges estimant que certains éléments déterminants n'avaient pas été présentés avec toute la loyauté requise lors de la demande d'autorisation.
Toutefois, la décision n'est pas totalement favorable au restaurant. Le tribunal a considéré que l'utilisation du signe « Petrus » pour désigner un champagne était susceptible de créer une association dans l'esprit du public avec les vins de renommée mondiale commercialisés sous cette marque. Cette utilisation a donc été qualifiée de contrefaisante et a donné lieu à une condamnation indemnitaire.
Cette décision rappelle qu'une marque, même extrêmement renommée, ne dispense pas son titulaire d'agir rapidement lorsqu'il constate une atteinte à ses droits. Elle souligne également l'importance de la transparence et de la loyauté dans les procédures de saisie-contrefaçon, sous peine de voir les mesures obtenues annulées. Cette décision constitue un avertissement clair pour les titulaires de marques renommées : la valeur d'un droit de propriété intellectuelle repose aussi sur sa défense active. Tolérer durablement un usage concurrent peut fragiliser, voire neutraliser, des actions pourtant fondées sur des droits particulièrement puissants.
TJ Paris, 30 janvier 2026 – Affaire « Petrus »
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