Le décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 introduit une évolution notable du régime d’indemnisation des arrêts de travail consécutifs à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. Pour les sinistres intervenant à compter du 1er janvier 2027, les indemnités journalières versées au salarié victime ne pourront plus être servies au-delà d’une durée maximale de quatre ans.
Cette réforme, issue de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, modifie l’équilibre d’un régime historiquement protecteur. Elle ne remet pas en cause la reconnaissance du risque professionnel, ni le principe d’une indemnisation spécifique. Elle encadre toutefois dans le temps le versement des indemnités journalières, en organisant une bascule vers le régime de l’incapacité permanente lorsque l’arrêt se prolonge au-delà de quatre ans.
Pour les salariés, les employeurs, les services RH, les représentants du personnel et les avocats, cette modification appelle une lecture attentive. La date du sinistre, la consolidation, le taux d’incapacité permanente, la prévoyance collective et les conditions de reprise du travail deviennent des points de vigilance essentiels.
Un régime AT/MP jusqu’ici sans plafond général de durée
L’accident du travail et la maladie professionnelle relèvent d’un régime distinct de celui de l’arrêt maladie d’origine non professionnelle. Cette distinction est fondamentale, tant pour l’ouverture des droits du salarié que pour les obligations de l’employeur.
En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, le salarié peut percevoir des indemnités journalières versées par son régime d’assurance maladie, en principe la CPAM ou la MSA. Ces indemnités ont pour objet de compenser la perte de salaire résultant de l’arrêt de travail.
Le régime applicable est plus protecteur que celui de l’arrêt maladie ordinaire. L’indemnisation intervient sans délai de carence, dès le lendemain de l’arrêt de travail. Le jour de l’accident reste, quant à lui, intégralement à la charge de l’employeur. Cette différence justifie de ne pas confondre les deux notions. Sur ce point, une analyse pratique de la différence entre arrêt de travail et arrêt maladie permet de rappeler les principales distinctions entre ces régimes.
Jusqu’à présent, les indemnités journalières AT/MP étaient versées pendant toute la durée de l’incapacité temporaire du salarié. Elles prenaient fin en cas de guérison complète, de consolidation de l’état de santé ou de décès de la victime.
Aucune limite générale de durée n’était prévue. En pratique, un salarié victime d’un accident grave ou d’une maladie professionnelle longue pouvait donc être indemnisé pendant plusieurs années, tant que son incapacité temporaire était reconnue.
Le décret du 12 juin 2026 met fin à cette absence de plafond pour les nouveaux sinistres.
Une durée maximale de quatre ans pour les sinistres à compter du 1er janvier 2027
Le nouvel article D. 433-9 du Code de la sécurité sociale fixe désormais à quatre ans la durée maximale de versement des indemnités journalières dues au titre d’un arrêt de travail résultant d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.
Cette nouvelle règle ne s’applique pas immédiatement à toutes les situations. Le décret prévoit expressément qu’elle concerne les victimes dont le sinistre intervient à compter du 1er janvier 2027.
La date du sinistre devient donc déterminante.
Pour un accident du travail, cette date correspond en principe à celle de l’accident. Pour une maladie professionnelle, l’analyse peut être plus délicate, puisque la date assimilée à celle de l’accident est généralement celle de la première constatation médicale de la maladie.
Cette précision est importante. Un salarié dont l’accident du travail est survenu avant le 1er janvier 2027 restera soumis à l’ancien régime, même si son arrêt se poursuit après cette date. De même, une maladie professionnelle dont la première constatation médicale est antérieure à cette date ne devrait pas être soumise au nouveau plafond.
Les dossiers situés à la frontière de l’année 2027 devront donc faire l’objet d’un examen rigoureux, notamment lorsque la maladie professionnelle a donné lieu à des symptômes ou constatations médicales avant son éventuelle reconnaissance administrative.
La fin des indemnités journalières ne signifie pas la fin de toute indemnisation
Le plafonnement à quatre ans ne doit pas être interprété comme une suppression pure et simple de la protection du salarié.
Lorsque la durée maximale de versement des indemnités journalières est atteinte, l’incapacité de travail est considérée comme permanente. Le dossier bascule alors vers le régime de l’incapacité permanente.
Ce changement de régime est essentiel.
Les indemnités journalières indemnisent une incapacité temporaire de travail. L’incapacité permanente vise, elle, à indemniser les séquelles durables conservées par le salarié après consolidation. Selon le taux d’incapacité permanente retenu, l’indemnisation peut prendre la forme d’un capital ou d’une rente.
La réforme ne fait donc pas disparaître toute indemnisation au terme des quatre ans. Elle organise un passage d’un régime temporaire à un régime permanent.
Toutefois, ce basculement peut avoir des conséquences concrètes importantes. Le montant d’une rente ou d’un capital au titre de l’incapacité permanente ne correspond pas nécessairement au niveau des indemnités journalières précédemment versées. L’évaluation médicale du taux d’incapacité permanente devient donc un enjeu central.
Pour le salarié, il sera indispensable de comprendre la décision de consolidation, de vérifier le taux retenu et, le cas échéant, d’exercer les voies de contestation disponibles dans les délais.
Une nouvelle période de quatre ans possible après une reprise du travail
Le décret prévoit également une règle de réouverture possible d’une période maximale de quatre ans en cas de reprise du travail.
Lorsque le salarié reprend son activité après avoir bénéficié d’indemnités journalières au titre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, une nouvelle période maximale de quatre ans peut être ouverte, à condition que la reprise ait duré au moins un an.
Cette règle appelle plusieurs observations.
D’abord, la reprise doit être suffisamment durable. Une reprise de quelques semaines ou de quelques mois ne suffit pas. Le texte fixe une durée minimale d’un an.
Ensuite, le salarié doit continuer à remplir les conditions ouvrant droit aux indemnités journalières. La reprise d’un an n’est donc pas, à elle seule, une garantie automatique d’indemnisation.
Enfin, cette nouvelle règle impose une traçabilité précise des périodes de reprise, d’arrêt, de rechute ou d’aggravation. Les salariés comme les employeurs auront intérêt à conserver les éléments permettant de démontrer la réalité de la reprise d’activité.
Le temps partiel thérapeutique conserve un régime particulier
Le plafonnement à quatre ans ne s’applique pas à l’indemnité journalière servie en cas de travail aménagé ou à temps partiel thérapeutique, lorsque ce dispositif est reconnu par le médecin-conseil comme étant de nature à favoriser la guérison ou la consolidation.
Cette exclusion est cohérente avec la finalité du temps partiel thérapeutique. Celui-ci vise à favoriser une reprise progressive du travail et à prévenir la désinsertion professionnelle.
Il ne s’agit pas d’un arrêt total prolongé, mais d’une modalité d’accompagnement du retour à l’emploi.
Pour les employeurs, cette précision doit conduire à renforcer l’attention portée aux dispositifs de reprise progressive : adaptation du poste, réduction temporaire de la charge de travail, aménagement des horaires, coordination avec la médecine du travail et suivi RH individualisé.
Pour le salarié, le temps partiel thérapeutique peut constituer un outil utile, à condition d’être réellement adapté à son état de santé et à ses contraintes professionnelles.
Les conséquences pratiques pour les salariés
Pour les salariés victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, la réforme impose plusieurs réflexes.
Le premier consiste à identifier précisément la date du sinistre. Cette date déterminera l’application ou non du plafond de quatre ans.
Le deuxième consiste à conserver tous les documents utiles : déclaration d’accident, certificats médicaux, arrêts de travail, échanges avec la caisse, comptes rendus médicaux, décisions de reconnaissance, notification de consolidation et décision relative au taux d’incapacité permanente.
Le troisième consiste à surveiller la consolidation. Cette décision ne doit pas être regardée comme une simple formalité administrative. Elle conditionne la sortie du régime des indemnités journalières et l’entrée dans le régime de l’incapacité permanente.
Le quatrième consiste à vérifier la couverture de prévoyance applicable dans l’entreprise. En cas d’arrêt long, les garanties incapacité, invalidité ou rente complémentaire peuvent jouer un rôle déterminant dans le maintien du revenu. Pour les salariés qui s’interrogent sur le maintien de rémunération pendant un arrêt, cette présentation relative à la possibilité de toucher 100 % de son salaire pour un salarié en arrêt maladie peut constituer un point d’entrée utile, sous réserve de distinguer arrêt maladie et arrêt d’origine professionnelle.
Enfin, le salarié devra être particulièrement attentif aux décisions susceptibles de contestation : refus de reconnaissance du caractère professionnel, date de consolidation, taux d’incapacité permanente, rechute ou aggravation.
Les conséquences pratiques pour les employeurs et les services RH
Pour les employeurs, la réforme ne doit pas être analysée comme une simple limitation relevant exclusivement de la sécurité sociale.
Elle affecte la gestion globale du risque professionnel.
L’employeur demeure tenu à une obligation de sécurité à l’égard des salariés. Il doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation implique notamment des actions de prévention, d’information, de formation et la mise en place d’une organisation adaptée.
Le plafonnement des indemnités journalières ne réduit pas cette obligation. Au contraire, il peut rendre plus visible encore l’importance d’une politique de prévention effective.
Les entreprises devront également auditer leurs contrats de prévoyance collective. La fin des indemnités journalières au terme de quatre ans peut révéler des insuffisances de couverture, en particulier pour les salariés exposés à des risques professionnels importants, les cadres bénéficiant d’une rémunération élevée ou les salariés dont la rémunération comporte une part variable.
Les services RH devront aussi anticiper les situations de retour au travail : visite de reprise, adaptation du poste, temps partiel thérapeutique, reclassement, inaptitude, maintien dans l’emploi.
La réforme impose enfin une communication interne claire. Elle ne doit pas être présentée comme une limitation générale de tous les arrêts de travail. Elle concerne spécifiquement les indemnités journalières versées au titre des accidents du travail et maladies professionnelles, pour les sinistres intervenant à compter du 1er janvier 2027.
Les points de vigilance pour les avocats
Pour les avocats, cette réforme présente un intérêt pratique immédiat.
Elle crée d’abord un enjeu probatoire autour de la date du sinistre. Dans les dossiers de maladie professionnelle, la date de première constatation médicale pourra devenir un point de discussion important.
Elle renforce ensuite les enjeux attachés à la consolidation. Une consolidation prématurée ou insuffisamment justifiée peut avoir des conséquences financières significatives pour la victime.
Elle accroît également l’importance du taux d’incapacité permanente. Plus les indemnités journalières seront limitées dans le temps, plus l’évaluation des séquelles prendra une place centrale.
La réforme invite aussi à articuler plusieurs branches du droit : droit de la sécurité sociale, droit du travail, droit de la protection sociale complémentaire, contentieux médical, reclassement, inaptitude et faute inexcusable.
L’action en reconnaissance de faute inexcusable de l’employeur conserve toute son importance lorsque l’accident du travail ou la maladie professionnelle résulte d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité. Elle peut notamment permettre une majoration de la rente et l’indemnisation de certains préjudices complémentaires.
Pour une approche plus pratique des droits du salarié après un accident du travail, il reste indispensable d’analyser chaque dossier au regard de sa chronologie, de ses pièces médicales et de ses conséquences professionnelles.
Tableau de synthèse : les principaux effets de la réforme
|
Point analysé |
Règle applicable |
Conséquence pratique |
|
Entrée en vigueur |
Sinistres intervenant à compter du 1er janvier 2027 |
Les accidents et maladies professionnelles antérieurs restent soumis à l’ancien régime |
|
Durée des indemnités journalières |
Plafond de quatre ans |
Les arrêts AT/MP très longs ne pourront plus donner lieu à IJ sans limite |
|
Fin du délai de quatre ans |
Incapacité réputée permanente |
Bascule vers le régime de l’incapacité permanente |
|
Reprise du travail |
Nouvelle période possible après une reprise d’au moins un an |
Nécessité de documenter la reprise effective |
|
Temps partiel thérapeutique |
Exclusion du plafond |
Maintien d’un régime favorable à la reprise progressive |
|
Salariés |
Vigilance sur consolidation et taux d’incapacité |
Possibilité de contestation selon les décisions notifiées |
|
Employeurs |
Prévention, prévoyance, reclassement |
Nécessité d’anticiper les arrêts longs et le retour au travail |
Une réforme à anticiper avant son entrée en vigueur
Même si la réforme ne s’applique qu’aux sinistres intervenant à compter du 1er janvier 2027, elle doit être anticipée dès maintenant.
Les salariés exposés à des risques professionnels ont intérêt à mieux connaître leurs droits, à conserver leurs pièces médicales et à vérifier leur couverture de prévoyance.
Les employeurs doivent identifier les postes à risque, mettre à jour le document unique d’évaluation des risques professionnels, auditer les garanties collectives et former les managers à la gestion du retour après un accident du travail ou une maladie professionnelle.
Les avocats devront, quant à eux, intégrer cette nouvelle temporalité dans l’analyse des dossiers AT/MP. La stratégie ne pourra plus se limiter à la reconnaissance du caractère professionnel du sinistre. Elle devra également intégrer la date du sinistre, la durée d’indemnisation, la consolidation, le taux d’incapacité permanente, la prévoyance et les éventuelles responsabilités de l’employeur.
Conclusion
Le décret du 12 juin 2026 marque une évolution importante du régime des accidents du travail et maladies professionnelles.
À compter du 1er janvier 2027, les indemnités journalières versées au titre des nouveaux sinistres professionnels seront limitées à quatre ans. Cette règle met fin, pour l’avenir, à l’absence de plafond général de durée qui caractérisait jusqu’ici l’indemnisation temporaire des victimes.
La réforme ne supprime pas la protection des salariés. Elle en modifie toutefois la temporalité.
Le passage vers l’incapacité permanente interviendra de manière plus structurée. La consolidation deviendra un moment plus sensible. Le taux d’incapacité permanente prendra une importance accrue. La prévoyance collective jouera un rôle plus visible. La prévention et le maintien dans l’emploi devront être davantage anticipés.
Pour les salariés comme pour les employeurs, l’enjeu principal sera donc de ne pas attendre l’expiration du délai de quatre ans pour agir. En matière d’accident du travail et de maladie professionnelle, la réforme confirme une exigence simple : le dossier doit être suivi dès l’origine, dans sa dimension médicale, sociale, professionnelle et juridique.
Sources
Décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 fixant la durée maximale de service des indemnités journalières dues au titre des arrêts de travail résultant d’un accident de travail ou d’une maladie professionnelle :
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054245628
Article L. 433-1 du Code de la sécurité sociale :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000053283560
Article D. 433-9 du Code de la sécurité sociale :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000054250385
Service-Public.fr, « Accident du travail : de nouvelles règles appliquées prochainement pour les indemnités journalières », publié le 22 juin 2026 :
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18969
Le Bouard Avocats, « Différence entre arrêt de travail et arrêt maladie » :
https://www.lebouard-avocats.fr/post/diffence-arret-travail-arret-maladie
Le Bouard Avocats, « Accident de travail : quels sont les droits du salarié ? » :
https://www.avocats-lebouard.fr/news/accident-de-travail-quels-sont-les-droits-du-salarie
Le Bouard Avocats, « Toucher 100 % de son salaire pour un salarié en arrêt maladie » :
https://www.avocats-lebouard.fr/news/toucher-100-de-son-salaire-pour-un-salarie-en-arret-maladie

Pas de contribution, soyez le premier