« C'est temporaire, le fonds va rouvrir. » Voilà ce qu'entendent la plupart des épargnants dont le fonds de dette privée a suspendu ou plafonné les rachats. Parfois, c'est vrai. Mais l'expérience récente des marchés — et un précédent français retentissant — invitent à beaucoup plus de prudence : le blocage n'est pas seulement un problème de délai, c'est souvent le symptôme d'une perte déjà constituée.
Trois scénarios très différents se cachent derrière un « blocage »
Le premier scénario est le simple embouteillage : trop de demandes de sortie en même temps, un plafond trimestriel (la « gate ») qui s'applique, et des rachats servis avec quelques trimestres de retard. C'est désagréable, mais l'épargne finit par revenir.
Le deuxième scénario est la sortie décotée. Le fonds honore les rachats, mais sur une valeur liquidative en baisse — parce que les actifs, revalorisés de façon « lissée » pendant des années, doivent enfin être cédés à leur vrai prix. Des restructurations récentes de véhicules de dette privée se sont faites avec des décotes supérieures à 20 % par rapport aux valorisations affichées. L'épargnant récupère, mais nettement moins que ce que son relevé indiquait.
Le troisième scénario est la perte définitive. Les entreprises auxquelles le fonds a prêté font défaut ; la créance ne vaut plus rien ; les actifs invendables sont isolés dans des structures de cantonnement (« side pockets ») dont plus rien ne sort, ou presque. Des analyses de marché publiées début 2026 envisagent, en scénario de stress, des taux de défaut atteignant 15 % sur certains segments du crédit privé.
Le précédent H2O : six ans, et une récupération très partielle
Les épargnants français ont déjà vécu ce troisième scénario. En 2020, les fonds H2O, qui avaient investi 2,3 milliards d'euros dans des titres de dette privée illiquides en contradiction avec leur stratégie affichée, ont dû cantonner ces actifs dans des side pockets. Fin 2024, soit plus de quatre ans après le blocage, la société de gestion a proposé aux porteurs une offre de sortie globale de 250 millions d'euros — une fraction des sommes immobilisées — pendant que certains actifs sous-jacents partaient purement et simplement en faillite. Près de 9 000 épargnants poursuivent aujourd'hui la réparation de leur préjudice devant les tribunaux.
La leçon est simple : attendre la « réouverture » peut signifier attendre des années pour récupérer une fraction de sa mise.
Ce que l'épargnant peut faire pendant que le fonds est bloqué
Vous ne pouvez pas forcer le fonds à vous rembourser ce que valent réellement ses actifs. En revanche, vous pouvez rechercher la responsabilité de celui qui vous a fait entrer dans ce placement : le conseiller ou l'établissement qui vous l'a recommandé sans vous expliquer loyalement le risque d'illiquidité et de perte, ou alors qu'il était inadapté à votre profil. Cette action-là ne dépend pas de la réouverture du fonds ; elle est dirigée contre un professionnel assuré ; et elle est enfermée dans un délai de prescription de cinq ans qui court déjà.
Le cabinet analyse, en consultation, votre documentation de souscription et l'historique de votre blocage afin d'évaluer le bien-fondé d'une action en responsabilité et le préjudice indemnisable, y compris lorsque le fonds n'a pas encore définitivement acté ses pertes.
Sur le même sujet : https://consultation.avocat.fr/blog/anne-sophie-ramond/article-2982523-fonds-de-dette-privee-bloque-dans-votre-assurance-vie-quels-recours-contre-votre-conseiller.html
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