Les fraudes liées aux cryptomonnaies et aux investissements dits « faciles » connaissent une expansion préoccupante. Le scénario est, hélas, souvent le même : la promesse de gains rapides, suivie d’une mise en confiance progressive avec la mise en avant d’une communauté de personnes, conduit progressivement la victime dans un engrenage d’investissements croissants, qui aboutit parfois à la perte totale de ses économies.

En ma qualité d’avocat intervenant au soutien des victimes de fraude bancaire et crypto, j’ai pu constater l’ampleur de ces escroqueries et la complexité des mécanismes qui les rendent si efficaces. Il apparaît essentiel de comprendre leur fonctionnement, de connaître les moyens juridiques permettant d’agir et de savoir comment se protéger efficacement.

 

Comprendre le mécanisme de l’escroquerie.

Ces fraudes suivent un schéma précis, alliant habilement psychologie et techniques financières.

  • La première étape consiste en une mise en confiance. Le contact initial se fait le plus souvent via des applications de messagerie telles que WhatsApp ou Telegram, parfois même via Instagram. La victime se voit alors proposer une mission apparemment anodine, comme suivre certaines pages d’influenceurs, partager du contenu ou envoyer une simple capture d’écran. Une faible rémunération est versée pour récompenser cette action, instaurant un climat de confiance et donnant à l’opération une apparence légitime et sécurisée.
  • Une fois la confiance acquise, vient la seconde étape : les escrocs incitent la victime à effectuer des opérations plus complexes, souvent sous prétexte de gains plus substantiels. L’argent doit alors être transféré sur des plateformes de cryptomonnaies comme Deblock, Binance ou MetaMask, ou vers des adresses blockchain anonymes. Cette escalade repose sur un principe psychologique connu : l’engagement progressif. La victime, déjà impliquée financièrement et émotionnellement, devient alors vulnérable et moins capable de percevoir le danger.
  • Lorsque la victime tente de retirer ses gains, les escrocs signalent un problème ou une « erreur technique », et exigent le versement de nouvelles sommes pour corriger la situation. Ces demandes se répètent et les montants augmentent progressivement, passant de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros, parfois au-delà de dix mille. Cette phase constitue juridiquement une escroquerie aggravée, souvent organisée en bande, telle que définie par l’article 313-3 du Code pénal.

Les conséquences pour les victimes.

Les répercussions de ces fraudes sont multiples et profondes, et souvent désastreuses.

Sur le plan financier, la victime peut perdre l’intégralité de ses économies, parfois accumulées sur toute une vie.

Sur le plan psychologique, ces expériences laissent souvent un sentiment de honte, de culpabilité, de stress et un traumatisme durable.

Sur le plan pratique enfin, la traçabilité des fonds devient extrêmement difficile, surtout lorsque les transactions passent par des blockchains pseudonymes.

Il est important de souligner que la victime n’a jamais commis de faute ; ces dispositifs sont conçus pour tromper même des personnes prudentes et expérimentées.

Mais, alors, quels sont les moyens d’action juridiques ouverts aux victimes pour faire valoir leurs droits ?

  • La première action possible se situe au niveau pénal :

La première voie consiste à déposer une plainte pénale contre X, sur le fondement des articles 313-1 et 313-3 du Code pénal, relatifs à l’escroquerie et à l’escroquerie aggravée en bande organisée. Cette démarche a pour objectif d’ouvrir une enquête, de réquisitionner les relevés bancaires, de geler les comptes suspects et, si possible, d’identifier les auteurs. Il convient de souligner que la récupération directe des fonds demeure incertaine lorsque les escrocs restent anonymes ou sont situés à l’étranger. Il est donc essentiel de déposer la plainte rapidement et d’y joindre l’ensemble des preuves disponibles, telles que les captures d’écran, les adresses blockchain et les communications échangées sur Telegram ou WhatsApp.

  • Vient ensuite l’action civile contre les intermédiaires financiers :

La responsabilité des intermédiaires financiers, qu’il s’agisse de banques ou de plateformes de paiement, peut être engagée, voie la plus sérieuse tant il est difficile en réalité de retrouver les fraudeurs.

Les établissements bancaires et prestataires de services de paiement sont en effet soumis à un devoir de vigilance, prévu par les articles L561-2 et suivants du Code monétaire et financier, ainsi qu’à une obligation de mise en garde à l’égard de leurs clients, en application de l’article 1240 du Code civil.

La responsabilité de la banque peut également être retenue pour défaut de sécurité lorsqu’elle laisse passer des opérations atypiques sans alerter le client.

Quant aux plateformes de cryptomonnaies, elles sont tenues de respecter des obligations strictes de connaissance client et de lutte contre le blanchiment (KYC/AML). Elles peuvent donc voir leur responsabilité civile engagée si elles acceptent des fonds frauduleux ou agissent par négligence grave. Il est cependant plus difficile d’agir lorsque la plateforme est située à l’étranger, bien que certaines juridictions collaborent avec les autorités françaises pour faciliter la récupération des fonds.

  • Signalements et prévention :

Il est également crucial de signaler les fraudes afin de protéger d’autres personnes. Les victimes peuvent se tourner vers Pharos pour signaler des sites ou des contacts suspects, ou vers Tracfin, cellule spécialisée dans la lutte contre le blanchiment et la fraude financière. Les banques et prestataires de services de paiement doivent, quant à eux, faire preuve de vigilance et bloquer les flux suspects. Conserver toutes les preuves, y compris les adresses blockchain, permet de faciliter la traçabilité des fonds et l’identification des intermédiaires responsables.

Quels conseils ?

À chaque étape :

  • Ne jamais verser de nouvelles sommes pour récupérer un gain perdu
  • Conserver toutes les preuves écrites pour se constituer un dossier solide : captures, adresses, échanges
  • Porter plainte rapidement : commissariat/procureur
  • Alerter la banque/prestataires de services de paiements
  • Vérifier la plateforme : agrément, réputation, mentions légales.

Ces escroqueries exploitent la confiance, la curiosité et l’appât du gain. Soyez vigilants et veillez à défendre vos droits.

Virginie Audinot, Avocat
Barreau de Paris
Audinot Avocat
www.fraude-bancaire.fr