Il se présentait comme conseiller en gestion de patrimoine, en investissements financiers, parfois comme salarié d’un groupe connu. Il avait une carte de visite, un site internet, parfois même un numéro de téléphone identique à celui d’un vrai établissement. Il n’avait aucun agrément.
L’arnaque au faux CIF (Conseiller en Investissements Financiers) est l’une des formes les plus sophistiquées de la fraude financière. Elle est plus difficile à détecter que l’escroquerie à la fausse plateforme, précisément parce qu’elle repose sur une relation de confiance construite dans la durée, souvent en face à face ou par téléphone, avec une personne dont l’existence légale est parfois partiellement réelle.
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1. Qu’est-ce qu’un CIF et pourquoi ce statut est-il exploité ?
En droit français, le Conseiller en Investissements Financiers est un professionnel réglementé. Pour exercer légalement cette activité, il doit être enregistré auprès de l’ORIAS (Organisme pour le Registre des Intermédiaires en Assurance, Banque et Finance) et être membre d’une association professionnelle agréée par l’AMF, aujourd’hui regroupées au sein de la CNCIF ou d’autres associations reconnues.
Cette réglementation est précise. Elle impose des obligations de compétence, d’information, de conseil adapté, de devoir de mise en garde. Un CIF qui vous recommande un investissement inadapté à votre profil et à votre situation engage sa responsabilité professionnelle.
C’est cette architecture de confiance que les escrocs exploitent. En se présentant comme CIF ils bénéficient d’une présomption de sérieux. Certains vont plus loin : ils usurpent l’identité de vrais professionnels enregistrés, créent des sites miroirs, reproduisent les documents officiels.
Comment vérifier un CIF avant de lui confier un mandat
Deux registres officiels permettent de vérifier la réalité d’un agrément :
- Le registre ORIAS (orias.fr) : liste l’ensemble des intermédiaires enregistrés, avec leur numéro, leur statut et leur adresse professionnelle. La vérification prend trente secondes.
- La liste noire de l’AMF (Protect Épargne, amf-france.org) : recense les entités signalées comme non autorisées ou faisant l’objet d’une alerte.
Attention à l’usurpation d’identité : le nom peut apparaître dans les deux registres, mais les coordonnées différer de celles du vrai professionnel. Vérifiez le numéro exact de téléphone et l’adresse email — jamais seulement le nom.
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2. Les responsabilités en jeu
La responsabilité pénale du faux CIF
Un individu qui exerce sans agrément une activité de conseil en investissement financier commet l’exercice illégal d’une profession réglementée, réprimé par l’article L. 573-1 du Code monétaire et financier. Si des fonds ont été détournés, l’infraction d’escroquerie (art. 313-1 C. pén.) s’y ajoute — les deux pouvant concourir.
L’usurpation d’identité d’un vrai professionnel constitue quant à elle un délit spécifique (art. 226-4-1 C. pén.), aggravé lorsqu’il est commis au préjudice d’une victime dont il a exploité la vulnérabilité.
La responsabilité civile et le rôle de la banque
Au-delà de la plainte pénale, deux voies de responsabilité civile méritent d’être explorées systématiquement.
D’abord, la responsabilité de la banque émettrice des fonds. Lorsqu’une victime a réalisé des virements successifs vers un bénéficiaire inconnu, à des montants inhabituels par rapport à son profil, la banque qui n’a pas alerté peut voir sa responsabilité engagée pour manquement à son devoir de vigilance. La jurisprudence de la Cour de cassation a confirmé ce principe à plusieurs reprises ces dernières années — à vérifier sur Légifrance pour les arrêts les plus récents applicables à votre situation.
Ensuite, si le faux CIF avait réellement l’apparence d’un mandataire d’un établissement identifié : la responsabilité de cet établissement peut être engagée sur le fondement du mandat apparent. Si un client a raisonnablement pu croire, au regard des circonstances, que le prétendu conseiller agissait pour le compte d’une banque ou d’une société de gestion, cette société peut être tenue des conséquences de l’apparence qu’elle a créée ou laissé subsister.
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3. Construire son dossier après une arnaque au faux CIF
La qualité du dossier initial est déterminante. Voici les éléments à rassembler prioritairement :
- L’ensemble des communications avec le faux conseiller : emails, SMS, enregistrements d’appels, messages WhatsApp ou Signal
- Les documents remis : mandat de gestion, brochure, relevés de portefeuille, ordres d’investissement
- Les relevés bancaires faisant apparaître les virements effectués
- Les captures d’écran du site internet et des profils réseaux sociaux utilisés
- Tout élément permettant d’identifier la société ou l’individu : SIRET éventuellement usurpé, adresse physique, numéros de téléphone
Une mise en garde importante : certaines victimes ont tendance, dans leur volonté de récupérer leur argent, à continuer à dialoguer avec l’auteur de la fraude après en avoir pris conscience. Ces échanges peuvent être retournés contre elles dans la procédure. Dès que la fraude est suspectée, il convient de cesser tout contact et de consulter un avocat.
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