Lorsqu'on pense aux conséquences d'un accident de la route, on imagine spontanément les fractures, les cicatrices, les séquelles physiques. Pourtant, un accident laisse presque toujours une empreinte psychologique, parfois durable, qui mérite d'être reconnue et indemnisée au même titre que les blessures corporelles.
En tant qu'avocat en dommages corporels, je constate régulièrement que ce préjudice est sous-évalué, voire totalement ignoré, dans les offres d'indemnisation proposées par les assurances. Voici pourquoi il est essentiel de ne pas le négliger.
Qu'est-ce que le préjudice psychique ?
Le préjudice psychique désigne l'ensemble des souffrances morales et des troubles psychologiques consécutifs à l'accident. Il peut prendre plusieurs formes :
- état de stress post-traumatique : reviviscence de l'accident, cauchemars, hypervigilance,
- anxiété et troubles du sommeil,
- syndrome du survivant, notamment lorsque d'autres personnes ont été gravement blessées ou sont décédées dans le même accident,
- phobie de la conduite ou des transports, pouvant limiter durablement la mobilité de la victime,
- troubles dépressifs liés à la perte d'autonomie, à la douleur chronique ou au bouleversement de la vie quotidienne.
Ces troubles ne sont pas de simples "suites logiques" d'un choc : ils constituent un préjudice à part entière, reconnu par la nomenclature Dintilhac, qui sert de référence pour l'évaluation des dommages corporels en France.
Comment ce préjudice est-il évalué ?
Le préjudice psychique s'apprécie principalement à travers deux postes de la nomenclature Dintilhac :
- le déficit fonctionnel temporaire et permanent, qui intègre les répercussions psychologiques sur la vie quotidienne pendant la consolidation puis de façon définitive,
- les souffrances endurées (pretium doloris), qui couvrent la dimension morale de la douleur, y compris psychique, jusqu'à la consolidation.
Dans certains cas, un poste distinct de préjudice psychologique autonome peut être retenu, notamment lorsque le retentissement est particulièrement marqué et documenté médicalement.
L'enjeu est donc double : faire reconnaître l'existence de ce préjudice, puis en obtenir une évaluation juste, ce qui suppose un accompagnement médical et juridique rigoureux.
Pourquoi ce préjudice est-il si souvent minoré ?
Plusieurs raisons expliquent que le préjudice psychique reste insuffisamment indemnisé :
- il est invisible : contrairement à une fracture, il n'apparaît sur aucune radiographie,
- les victimes elles-mêmes le minimisent, par pudeur ou parce qu'elles peinent à établir le lien avec l'accident,
- l'expertise médicale initiale s'attache souvent en priorité aux lésions physiques, sans investigation approfondie du retentissement psychologique,
- les compagnies d'assurance n'ont pas intérêt à documenter ce poste, ce qui alourdirait le montant de l'indemnisation.
C'est pourquoi il est essentiel qu'un suivi psychologique ou psychiatrique soit mis en place rapidement après l'accident, non seulement pour la santé de la victime, mais aussi pour constituer un dossier médical solide.
Le rôle de l'avocat dans la reconnaissance de ce préjudice
Un accompagnement juridique permet de :
- s'assurer qu'un expert compétent, si besoin un psychiatre, intervient lors de l'expertise médicale,
- rassembler les éléments de preuve (certificats médicaux, arrêts de travail, témoignages de proches) démontrant l'impact réel sur la vie quotidienne,
- veiller à ce que ce préjudice soit chiffré de façon autonome et non "noyé" dans l'évaluation globale,
- contester une offre d'indemnisation qui ignorerait ou sous-estimerait cette dimension.
Vous ressentez encore les effets psychologiques d'un accident ?
Ce que vous vivez n'est pas anodin, et cela peut, et doit, être pris en compte dans votre indemnisation. N'hésitez pas à en parler, y compris plusieurs mois après l'accident : ce préjudice peut être reconnu même s'il n'a pas été identifié dès le départ.
Vincent Raffin,
Consultation possible pour évaluer votre situation et les suites à donner à votre dossier.

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