FRANCE ANTILLES

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AVRIL 2026

Laura BAUDIER

Cheffe de rubrique Justice/Faits-divers

 

Raymond AUTEVILLE, Président Fondateur de l’Institut des Droits de l’Homme de la Martinique

Pour Raymond AUTEVILLE, « La terre entière est menacée par le comportement de monsieur Trump »

Raymond AUTEVILLE est avocat à la Cour de Fort-de-France, Ancien Bâtonnier de l’Ordre des avocats à la Cour d’Appel de Fort-de-France et Président Fondateur de l’Institut des Droits de l’Homme de la Martinique (*). Il nous livre son analyse du conflit actuellement en cours au Moyen-Orient.

 

 

 

D’un point de vue légal, l’intervention conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran respecte-t-elle le droit international ?

Non. Il y a eu une violation manifeste du droit international. C’est une agression injustifiée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Et si on ne dit pas ça haut et fort, alors autant supprimer le droit et revenir à la loi du plus fort ! Mais, ça, c’était au début de l’humanité. Nous sommes une société civilisée et que dit le droit ? Le droit dit que chaque État s’auto-administre souverainement et qu’un État n’a pas le droit de tuer un autre chef d’État, ni de renverser un gouvernement en place.

Un État ne peut pas, de sa propre initiative, décider d’intervenir dans un autre État. Si jamais un État doit intervenir dans un autre État, c’est avec l’accord de l’Assemblée de l’ONU, qui peut délibérer au nom du droit international. Et l’argument selon lequel les États-Unis et l’Israël sont intervenus car l’Iran est une dictature sanguinaire ne peut rien justifier. On ne peut pas déclencher une guerre sans motif légitime, et conforme au droit international.

Le motif avancé a été de dire, entre autres, qu’il fallait empêcher Téhéran de construire la bombe atomique...

Les États-Unis et Israël ont justifié leur intervention, a postéri, en soutenant qu’ils étaient intervenus à titre préventif et préemptif car ils soupçonnent l’Iran de construire de plus en plus en profondeur de l’uranium pour construire la bombe atomique, veulent empêcher construction bombe atomique. Mais le droit international n’autorise pas un État à utiliser la force contre un autre État de manière préventive ou préemptive. Un État n’a pas le droit d’attaquer un autre État, simplement parce qu’il se sent fort et l’autre faible.

En revanche, tout État attaqué a le droit de se défendre légitimement, selon des critères précis. La légitime défense nécessite une réponse proportionnée. Or, il n’y a pas eu d’attaque de l’Iran contre Israël ni contre les États-Unis.

On est face à un recours illicite et illégal de la force. A l’origine, « L’Homme était un loup pour l’Homme », comme le disait Hobbes, c’était le plus fort qui établissait la Loi. Mais pour éviter des guerres perpétuelles, les Hommes se sont dits qu’ils allaient essayer d’établir le droit. La force doit être au service du droit. Blaise Pascal a d’ailleurs écrit : « Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain bien ». La force doit être mise au service du droit et non au service de la violation du droit.

Et la France dans tout ça... ?

La France est souvent, dans sa diplomatie, assise entre deux chaises. Dans la France de De Gaule ou de Chirac, on condamnait certaines interventions et on n’y participait pas. La France d’aujourd’hui a une position mitigée : elle dénonce une chose et elle fait son contraire.

La déclaration du président Macron a été conforme au droit international : il a dit que l’intervention n’était pas autorisée par l’ONU, qu’il n’y avait pas eu d’agression de Iran contre les États-Unis et Israël, et que l’intervention s’était effectuée en dehors du droit et que la France la condamnait. Mais, le président Trump a demandé récemment aux pays européens, de constituer, une coalition internationale visant à protéger le détroit d'Ormuz. Si la France décidait de répondre favorablement à Trump, alors la France serait co-belligérante.

Quid des Antilles françaises : sont-elles un enjeu géopolitique aujourd’hui ?

Les Antilles françaises font partie d’un ensemble, elles ne sont pas maîtres de leur destin : si Monsieur Macron décide de rejoindre une coalition internationale, alors dans les forces françaises, il y aura peut -être des martiniquais, guadeloupéens, qui risquent d’y participer et d’en payer de leur vie, le prix fort, pour guerre illégale déclenchée par les Etats Unis et Israël.

Toute la zone Caraïbes est la chasse gardée de Trump : il a dernièrement ordonné au gouvernement saint-lucien d’arrêter d’envoyer ses médecins se former à Cuba, sous peine de sanctions. Le premier ministre de Sainte-Lucie a dit qu’il n’avait pas les moyens de résister aux États-Unis. La terre entière est menacée par le comportement de monsieur Trump.

Quant au prix de l’essence, le Directeur Général de la SARA a déclaré que l’approvisionnement vient des Pays du Nord, mais que les prix auxquels varient en fonction du cours mondial. On risque donc d’en subir les conséquences.

(*) L’Institut des Droits de l’Homme de la Martinique a pour mission d’enseigner et de défendre les droits fondamentaux de l’Homme fondamentaux.